Brigitte Morel vous invite à
Le jeu.
Qu’appelle-t-on la distance au théâtre ?
Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ce thème ; des plus complexes, des plus psychologiques, voire des plus ésotériques aux plus simplificatrices... On parle alors de distanciation théâtrale et si le sujet ne devient pas complètement abscons, il n’en demeure pas moins assez sophistiqué et difficile à comprendre ... Est-il possible d’aborder cette question d’une manière un peu éclaircissante en employant des termes simples ? Pour ma part je l’espère et je tenterai de le faire dans les quelques lignes suivantes.
Que signifie dans le travail de l’acteur la distanciation ou la juste distance ; de quoi doit-on se distancier ?
J’avancerai l’hypothèse qu’en premier lieu et dans le but de s’en détacher, on voudra devenir plus conscient de ses propres affects habituels et ordinaires. Je n’en citerai que quelques-uns : La peur (de ne pas y arriver ; d’être ridicule ; d’être mal jugé ; d’être sans valeur ; sans talent ; inintéressant ; impuissant etc.) La confusion ; le débordement émotionnel ; la honte ; la perte de ses moyens... Tous états qu’on a déjà souvent éprouvés dans la vie courante et qui se trouvent amplifiés, on pourrait dire dramatisés par le fait qu’on s’expose au regard des autres dans ce qu’il est convenu d’appeler : La situation théâtrale.
Quelle sera l’antidote permettant d’affronter et de traverser cette épreuve parfois terrifiante qu’on appelle aussi le trac. ? Par des exercices et un entraînement appropriés on développera des qualités telles que l’énergie, le courage, et finalement, le calme. Petit à petit on abordera aux rivages du jeu théâtral qui concerne moins notre « moi ordinaire » si fragile et susceptible, que les ressources profondes qui existent dans notre corps, notre mémoire, notre humanité, nos expériences ; que nous partageons, même sans le savoir, avec tous les êtres vivants et dont ce que nous nommons « La Culture » abonde de façon universelle autant qu’inépuisable.
Ainsi, on peut dire qu’il ne s’agit aucunement de nous séparer de qui nous sommes ou de devenir quelqu’un d’autre. Non ; notre bon vieux petit moi avec ses peines et ses richesses devra être du voyage ; nous devrons apprendre à nous accepter, à nous adoucir, à entrer en quelque sorte en amitié avec nous-même, peut-être même à nous apprécier ; et ainsi à ouvrir la porte à notre imaginaire, à nos tensions, à nos rêves, à ceux de nos désirs que nous croyons trop beaux, trop forts, trop fous, trop audacieux et qui feront merveille dans la voie artistique car ils en sont la substance même
Brigitte Morel
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